Même blessé à l’épaule, Marc Penavayre ne peut s’empêcher de venir au chai accompagner Thibaut, qui procède au soutirage à la main pour réduire les dépôts de lie au fond des cuves.

Marc Penavayre est un des pionniers du vin nature dans la région. « Il y a trente ans, on nous prenait pour des illuminés ! » se rappelle le vigneron de Vacquiers (Haute-Garonne), dans le terroir du Fronton. Aujourd’hui, son Château Plaisance est une valeur sûre, plusieurs fois récompensé, et qui s’exporte dans une douzaine de pays. « Les vins naturels, ce n’est plus un marché de niche, c’est une tendance forte. Ce sont les consommateurs qui poussent. Avant, ils ne regardaient pas trop ce qu’on mettait sur les vignes, mais maintenant on ne peut plus les esbroufer ! » à ses visiteurs, toujours plus nombreux, il montre avec fierté ses vignes vigoureuses, labourées à cheval, où l’herbe pousse en liberté. Nature et généreux comme son vin, Marc est intarissable quand il parle de son métier. Viticulture bio, biodynamique, douce, naturelle… Qu’importe ! « On ne s’interdit pas la technologie mais on a banni toute technique physique ou chimique directement sur le vin. Il n’y aucun intrant, ni filtrage ni collage. On n’est pas parfait mais on est droit. On essaye de profiter au maximum de ce que la nature nous apporte avec le souci de faire un vin 100% pur jus de raisin. » Un objectif qu’il partage avec son fils Thibaut, 27 ans. « On discute souvent mais on est toujours d’accord », taquine le fiston, prêt à prendre la relève. « Exactement comme je l’ai fait avec mon père, Louis, en 1991, précise Marc. Les premières années n’ont pas été faciles mais il m’a laissé faire. » Encore aujourd’hui, renoncer au chimique, c’est deux fois plus de boulot et une grosse prise de risque. « Si on se loupe, on n’a pas de filet. »

De vieux cépages peu alcoolisés

Le domaine de 30 hectares s’est converti officiellement au bio en 2006. Dans les vignes et dans le chai, Marc met en application « les recettes des anciens » : « Quand on laisse faire la nature, vous savez combien il y a de levures vivantes dans le vin ? Entre un et dix milliards par millilitre ! Elles sont naturellement sur la peau du raisin au moment des vendanges. Nous, on fait le choix de les laisser vivre. C’est le principe d’un vin naturel : il est vivant. Donc, comme nous, il passe par des cycles. Vous le goûtez un jour, il est bon, mais le lendemain c’est le contraire. En biodynamie, on essaye de toucher les vins quand ils sont dans les phases les plus statiques. On regarde la lune, la météo, le vent d’autan… » Pour laisser le temps aux levures naturelles de vivre leur vie jusqu’au bout, le vin passe deux hivers en élevage avant d’être mis en bouteille. « Pour faire des vins nature, il faut prendre son temps. »

Une autre passion de Marc, c’est de « s’amuser » avec les cépages et les terroirs. Avec du jurançon noir il crée du « Rend son jus », ou détourne le principal cépage du Fronton pour faire du « Negret Pounjut », de la négrette pointue. « Ce sont de vieux cépages de la région, quasiment abandonnés, mais on a la chance d’avoir encore quelques vieilles vignes. Elles donnent un vin peu alcoolisé, très léger, parfait pour boire un coup entre copains sans avoir mal à la tête. Après tout, le vin, c’est ça : le partage, la convivialité ! » Et Marc en est un parfait ambassadeur.

L’info en +

Vins bio, nature, biodynamique ? Comment s’y retrouver

On a beau être amateur de vin, on est un peu perdu entre les certifiés bio, ceux qui sont en conversion, les conventionnels qui pratiquent une viticulture raisonnée, les vignes à Haute valeur environnementale, les vins « naturels » qui ont le vent en poupe mais pas de reconnaissance officielle…. Et si les logos se sont multipliés sur les étiquettes, on manque toujours de détails sur le contenu de la bouteille. On vous aide à y voir plus clair.


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